Ariane écirt. A la lueur d'une bougie, depuis le crépuscule, elle noircit des pages de son écriture fine et penchée. Vite! le temps presse...L'aube va arriver si rapidement... Elle Lui a promit, il faut qu'elle réussisse. Plus vite! Sa main court sur le papier, la point de sa plume effleure la surface granuleuse... Et déja, elle repart vers l'encrier, puis recommence son ballet infernal. La flamme de la bougie tremble, agitée par un imperceptible souffle. Ariane tressaillit, et sa main accélère encore. Elle ne se détourne pas de son objectif : il faut qu'elle y parvienne! Mais la fatigue, absente jusqu'alors, commence à se faire sentir. Cette douleur dans le poignet... Cette lourde chappe qui écrase les épaules de la jeune femme. Mais elle tient bon : on ne trahit pas les promesses. Une nouvelle page noire de mots. Puis une autre. La plume d'Ariane vole, apporte au paier des expressions, des phrases... Elle écrit mal. Qu'importe, si les mots sont beaux? Personne n'a besoin de comprendre sauf Elle. Et Elle y parviendra, la jeune fille le sait. Elle la comprends si bien! C'est bon. Ariane vient d'écrire le dernier mot. Elle rassemble l'épaisse liasse et la noue avec une ruban noir.
Puis, elle met la belle robe blanche, celle avaecl aquelle elle ressemble à un ange, d'après son grand frère. Sans les ailes. Ses ailes lui ont été arrachées il y a bien longtemps, maintenant, se dit-elle en peignant sesl ongs cheveux blonds. Voilà. Elle est prête. L'aube est sur le point de naître. La jeune fille prends ses feuilles et court à traversl al ande, sur la falaise. Le soleil se lève, écrasant de splendeur. Ariane retire le ruban, et le vent fait s'envoler ses feuilles vers l'immensité de la Mer.
"Mer, je te l'avais promis..." Toutes les feuilles ont rejoint l'immensité du ciel. C'est le moment. La jeune fille recule de trois pas, et court jusqu'à la fin des Terres. Elle saute. Sur la falaise, il reste une feuille de papier.
"Moi, Ariane Northplain, seize ans, ange aux ailes arrachées, ait décidé de confesser mes pêchés. Je n'irais jamai au Paradis, sauf si l'on m'arrachait le coeur, car c'est là qu'est logé ma honte. Que Dieu, le Diable ou qui que ce soit, me pardonne. Je suis coupable d'un amour sacrilège, celui que j'ai pour Liam, mon frère, et que pour son malheur, il partageait. Voulant m'éviter la honte, mon aimé s'est jeté du haut de cette falaise. Ne pouvant vivre sans lui, je le rejoins, où qu'il soit. Je ne porterais pas la honte de lui avoir survécu, ni ne jéterait l'opprobe sur nos parents. J'en finis avec cette tyrannie des apparences. Je ne peux plus faire semblant. MOi, la pêcheresse, j'ai..."
Rien d'autre. Le vent soulève cette dernière feuille et l'envoie rejoindre les flots, où une tâche d'écume s'élargit.
Nous sommes à l'aube du 25 décembre 1863. Ariane Northplain, un jour après son frère Liam, a quitté ce monde.